Usine Kermené : « Reconnecter la fourchette à la fourche »

 220 000 tonnes de viande  sont valorisées chaque année à Saint-Jacut-du-Mené et Collinée soit 2.5 millions de porcs,  145 000 bœufs et 60 000 veaux.

Après les importants projets d’agrandissement mis en œuvre sur la plupart des sites de production de Kermené depuis 2015, l’entreprise poursuit son développement avec en ligne de mire : être encore plus près des attentes  et exigences des consommateurs dont les mentalités évoluent. Le contrat de confiance entend se nouer d’aval en amont, autrement dit, il s’agit de reconnecter la fourchette à la fourche.  Un challenge qu’Alex Joannis, le nouveau dirigeant, souhaite  relever avec toute son équipe et les éleveurs partenaires. Aperçu.

Créer un sentiment d’appartenance et contribuer à une construction collective avec les consommateurs, les éleveurs et les collaborateurs, capable d’être transmise, est le credo de l’entreprise Kermené pour préparer l’avenir. La notion de proximité est de plus en plus souhaitée à l’instar des magasins de proximité et des drive piétons, développés en région parisienne par la marque Leclerc. Ici, le site de Vildé Guingalan en extension.

Après un haut niveau d’investissement entre 2015 et 2017 à raison de 114 millions d’euros sur les trois ans, et tout de même 34 millions d’euros prévus cette année, l’entreprise Kermené  s’attache  aujourd’hui à coller encore plus près aux attentes de ses clients, dans un contexte où la consommation de la viande est en diminution. « Le consommateur a constamment besoin d’être rassuré » analyse Alex Joannis, qui constate aussi que le client final est de plus en plus exigeant, de mieux en mieux informé et a des aspirations qui évoluent. Il faut donc allier transparence, traçabilité du produit tout en maitrisant les coûts, car bien évidemment, chacun recherche la qualité au meilleur prix. Cela passe en premier lieu, par une maitrise optimale au niveau sanitaire et sécurité alimentaire. C’est pourquoi les réglementations sont  respectées à la lettre avec la présence continuelle d’une cinquantaine de représentants des services de l’état.  Dans le même esprit, le pôle d’analyse sensorielle, ouvert en 2012, prend de l’ampleur. On y fait des recherches de plus en plus poussées en impliquant de plus en plus de « dégustateurs ». Ainsi, lorsque l’Hebdo avait traité le sujet, courant de l’automne 2016, environ 8 000 personnes avaient testé les produits déjà commercialisés ou en voie de l’être. En 2017, plus de 11 300 représentants de consommateurs dont 73 %  n’appartenant pas à l’entreprise sont passés par la salle de test des produits. Tous ces tests validés permettent de donner de sérieuses indications à l’entreprise quant à la façon de positionner ses produits face à la concurrence et aux aspirations nouvelles des clients. Par exemple, le seuil d’incorporation de sel a baissé car on mange de moins en moins salé.

Maintenir l’outil

Si globalement, on constate que la consommation de viande est en baisse, Kermené s’efforce de maintenir sa production voire  la développer en apportant de la noblesse aux produits et en se diversifiant.
« L’abattoir n’est qu’un outil, notre métier est avant tout celui de boucher, charcutier traiteur » commente Alex Joannis. Côté matière première, quelque 2.5 millions de porcs ont été abattus en 2017 et on enregistre une stabilité voire une toute petite hausse dans l’abattage des bovins. Les sites satellites de l’entreprise qui transforment les produits et les expédient connaissent quant à eux un bon rythme.
A St-Onen-la-Chapelle, par exemple, la nouvelle unité, très automatisée, mise en service en 2017, est en progression en termes de nombre de colis, même si ceux-ci contiennent moins de produits à l’intérieur. Grâce à l’énorme tour de 40 mètres de hauteur qui permet le stockage, cette unité qui emploie 80 personnes dans un bâtiment de 20 000 m2, traite en moyenne 5 000 commandes par jour soit 90 000 colis journaliers et 23.7 millions de cartons par an.
A St-Léry, site qui emploie 170 personnes sur 8 000 m2 de surface, on développe plus de 80 références principalement en steak haché dont 45 % en frais et 50 % en surgelé, le reste étant consacré aux merguez pour un tonnage total de 25 000 t.
A Trélivan, optimisation et performance sont les maitres mots. Dans cette unité, on traite la charcuterie cuite : rillettes, andouilles, boudins, tripes, plats cuisinés et salades traiteur avec 175 références produits. Sur les 10 700 m2 de surface, 200 salariés sont employés pour une production globale de 9 200 tonnes à l’année.
Enfin à Vildé Guingalan, le site est en cours d’agrandissement. Dans cette unité sont produits lardons, brochettes, et toute une gamme demi-sel sur
8 300 m2. 240 personnes y travaillent  commercialisant 115 références soit une production de 15 000 tonnes par an. L’extension de ce site sera opérationnelle fin 2018.

Le site de Saint-Onen-la-Chapelle, près de Saint-Méen-le-Grand (35), est le fleuron de l’entreprise avec sa tour de 40 m de haut qui permet le stockage et ses 90 000 colis journaliers traités.

Soyons fiers de notre travail

Face aux actions d’associations qui s’introduisent dans les abattoirs en faisant le buzz, Alex Joannis pense que ces mouvements restent marginaux, bien qu’ils fassent beaucoup de bruit. Pour autant, on ne peut pas les ignorer. Reste que le directeur de Kermené estime que ses collaborateurs n’ont pas à rougir de leur travail et de leur savoir faire et qu’ils peuvent même en être fiers. A ce titre, il regrette que la réglementation interdise l’accueil du public qui ne peut de fait se rendre compte des efforts faits par l’entreprise.
Toujours dans l’objectif de coller au plus près des attentes des consommateurs qui évoluent, l’entrepreneur souhaite renforcer ses partenariats avec les producteurs sachant que l’approvisionnement local en porcs et dans une moindre mesure en bœufs est déjà largement privilégié. « Il est souhaitable aujourd’hui que nous puissions travailler en étroite relation et au travers de contrats longue durée pour imaginer ensemble les élevages de demain » affirme t-il, bien conscient que la moyenne d’âge des éleveurs locaux est élevée. La réflexion est donc déjà engagée au niveau de l’entreprise qui entend s’appuyer sur le regard du consommateur pour préparer le modèle de demain des élevages partenaires et pourquoi pas créer un label. Un défi ambitieux… et nécessaire.

Françoise Le Maire

 

Alex Joannis, qui a repris les rênes de l’entreprise il y a un an, succédant à Hervé Aubé, se satisfait de ses nouvelles fonctions « dans un site très industriel mais dans la nature où une harmonie intéressante se dégage ». Comme en Vendée où il œuvrait précédemment il  retrouve avec satisfaction « un terroir avec des gens attachés et investis dans leur entreprise ».

Kermené en quelques chiffres

● 965 millions de chiffre d’affaires en 2017.
● Près de 3 500 salariés
● Six sites industriels de production dans le 22, 56 et 35.
● 220 000 tonnes de viande  sont valorisées chaque année à Saint-Jacut-du-Mené soit 2.5 millions de porcs, 145 000 bœufs et 60 000 veaux.
● 23.7 millions de colis transitent chaque année par la plateforme logistique de Saint-Onen-la-Chapelle
● Plus de 1 600 produits sont référencés.

 

Pas moins de 114 millions d’euros ont été investis entre 2015 et 2017. L’investissement est encore soutenu cette année puisque il est estimé à 34 millions d’euros. Ici, le site de Saint-Léry (56).