Projet minier: Faire ou refaire le monde

Centre Bretagne

Le projet minier concerne 33 communes, c’est le plus important projet de métropole. Ce PERM couvre 17 communes de Loudéac Communauté Bretagne Centre.

Mardi soir, la salle des fêtes de Plouguenast accueillait une réunion publique de l’association Vigil’Oust concernant le projet minier Variscan, dit Perm de Merléac. Cette dernière dénonce « un manque de transparence » et annonce les premiers carottages qui pourraient démarrer très bientôt selon les services de l’Etat. Et ce, malgré les inquiétudes grandissantes des riverains.

Ca y est, c’est fait : depuis le 26 décembre 2016, le dossier d’instruction du projet minier Variscan repose sur les bureaux des mairies de Merléac et de Saint-Martin-des-Prés. Une nouvelle qui ne manque pas de faire réagir l’association Vigil’Oust. « On demande régulièrement à la préfecture la communication de tout dossier relatif aux forages miniers… Sans réponse». Le Code de l’environnement indique pourtant que ce dossier est normalement communicable « à tout intéressé dès réception par l’administration ». A ce jour, personne n’a encore en main le dossier de déclaration du projet.

« Nos terres vendues à des capitaux étrangers ! »

Variscan Mines est une société minière basée à Orléans, financée par des actionnaires australiens, singapouriens et Néo-Zélandais. Elle n’est pas la première à s’intéresser aux sous-sols de la région de Merléac. En effet, la zone avait déjà fait l'objet de recherches minières entre 1958 et 1981. Menées par un organisme public, le BRGM, elles avaient été avortées après des trouvailles fructueuses mais peu rentables à l'époque, fermant le site de la porte-aux-moines en 1981. Depuis, c’était  l’accalmie… avant la tempête. En effet, en 2015, l’hélicoptère et les prélèvements à la main des géologues avaient permis à Variscan de confirmer la présence de zinc, plomb, cuivre, or et argent dans les sous-sol. Aujourd’hui, la société prévoit de continuer ses recherches en franchissant une étape supplémentaire, celle des forages, prévus pour très bientôt... « Ces travaux vont servir à des intérêts privés étrangers car les dirigeants actuels de Variscan mines, sont d'anciens fonctionnaires du BRGM, qui connaissent donc le potentiel de la zone », expliquent les membres de l’association.

Kerveno, la petite butte de terre morte

« Des techniciens de Variscan ont d’ores et déjà commencé à démarcher les exploitants sur le terrain, et ce malgré le peu d'informations relayées depuis l'obtention du PERM. Je suis un peu perdu », confie un agriculteur. A Kerveno (site de la Porte-aux-Moines Merléac), la petite butte de terre déserte et froide où rien ne repousse plus depuis 1981 est l’écho de ces inquiétudes persistances. Elle renferme les minerais et les remblais de la mine extraits à l'époque. Le BRGM note les avoir enfouis sous une couche de bitume et 50 cm de terre végétale. Aussi les riverains s’interrogent sur cette précaution prise à l’époque. Potentiellement, toutes les terres de la région sont concernées, « car le sous-sol appartient à l’Etat ».

Alors, concrètement, qu’implique le projet ? Une exploration par forages (prévus entre 20 et 1 500 mètres de profondeur), une déviation des cours d’eaux souterrains, mais surtout, l’éventuelle dissémination de divers toxiques naturels (arsenic, pyrite, cadmium), présents dans le sous-sol du secteur, dans l’eau, l’air, sur les sols. « Qui consommera des produits agricoles provenant d’une zone polluée ? », s’inquiète Vigil’Oust. A Salsigne, dans l’Aude, 10 ans après la fermeture de la mine d’or, les légumes produits sur place sont toujours interdits à la vente par arrêté préfectoral…. A Merléac, Variscan cherche du plomb. « On voit mal une laiterie prendre le risque d’acheter le lait des agriculteurs proches de la zone d’exploitation pour en faire de la poudre de lait à destination des bébés », s’indigne l’association.

La pollution de l’eau par les métaux est aussi ancienne que l’activité minière. Le phénomène entraînant cette pollution est irrémédiable, il s’appelle le Drainage Minier Acide (DMA). C’est une réaction chimique naturelle : l’acidification et le drainage des métaux polluants qui en résultent, entraînent une pollution de tous les écosystèmes concernés. « Dites-moi quelle famille souhaiterait s’installer dans un pays minier ? Quelles conséquences pour la valeur de l’immobilier ? », interpelle un des membres de l’association.

Des « mines vertes », génératrices d’emplois ?

Face à ses accusations, Variscan Mines défend un projet de « mine verte », « propre ». A ce jour, elle n’a cependant pas encore donné de preuves tangibles de ce projet éco-responsable qui ne devrait pas laisser de cicatrices sur les flancs des terres. Seules les paroles du chef géologue de Variscan Mines, en décembre 2015,  rassuraient jusqu’alors sur ces « techniques d’extraction qui auront bien évolué d’ici dix ans ».  Pour convaincre les riverains, le groupe a organisé une réunion vendredi dernier, défendant la nécessité d’extraire de nouveaux métaux face aux propositions de recyclage avancées par les associations: « Le recyclage des métaux ne peut pas suffire puisque la population s’accroît et que ses besoins s’accroissent également. En recyclage à 100 %, on en a pour trente ans. Sans nouvelles extractions, l’équation est impossible ». Implacable. « Les impacts seront très limités, Germinal, c’est terminé », assure Michel Bonnemaison. En effet, les infrastructures minières sont bien plus compactes de nos jours qu’à l’époque où les premiers forages avaient démarré.

Quid des emplois promis ? Même si les mines n’emploient plus les milliers de personnes du XIXe, une mine représente encore « au moins 150 emplois » selon Michel Bonnemaison et environ 600 à 1 000 emplois induits dans la sous-traitance. Etant donné les emplacements des permis de recherche minière – des zones plutôt en déclin, trop éloignées des métropoles et des grands axes pour pouvoir bénéficier de la « rurbanisation » des banlieues éloignées, il y a un enjeu important pour l’emploi local, d’autant plus que les postes sont spécialisés et qualifiés, donc bien payés. Au regard des sites exploités par Variscan dans le passé, Vigil’Oust s’inquiète pourtant. Sur le site de Tennie (Sarthe), par exemple, Variscan avait annoncé jusqu’à 150 emplois directs. 1 500 emplois sur 20 ans avaient été promis par les anciens exploitants de cette concession. « Or, au plus fort de l’activité, il n’y a jamais eu plus de 32 salariés ! », explique un membre de Vigil’Oust.  A Bergama, en Turquie, seuls 117 emplois avaient été créés dont 90 n’étaient pas des emplois locaux. L’agriculture (olive, coton) avait, elle, été durablement ruinée par une pollution au mercure. Dans le secteur, ce sont 150 emplois qui ont été promis.

Débats houleux
Variscan veut bien admettre que l’exploitation du cuivre, du zinc, du germanium, ait « un impact » environnemental. « Mais on ne peut pas vivre sans les métaux », rappelle la communicante chargée du dossier. « On peut discuter de vivre sans métaux, si c’est la solution que vous proposez, mais je ne suis pas sûre qu’on va y arriver », sourit-elle.

« Consommer moins de métaux, alors ? », ose objecter un élu. Manière de mettre l’équation insolvable pointée du doigt par Variscan avec une autre équation impossible : peut-on exploiter à l’infini les ressources d’une planète assez mal en point ? Dès lors, la réponse qui cingle, de la part d’une chargée de communication du groupe : « On ne va pas refaire le monde… »

 

Florence Tomasi