Plusieurs villages en zones blanches : Internet au temps des dinosaures

Territoire - La Chapelle Blanche

A La Chapelle Blanche, plusieurs villages sont toujours privés de connexion à la Toile ; un comble en 2019 !

A La Chapelle Blanche, une des plus petites communes des Côtes d’Armor située à deux pas de Caulnes, une dizaine d’habitations se trouve en zone blanche. La connexion à Internet est devenue un parcours du combattant. Bienvenue au temps des dinosaures.

Jusqu’au 30 novembre dernier, les maisons des hameaux de la Daviais, la Ville Gautrin, les Planches, Penhouët et la Rouvrais, situés en limite du département de l’Ille et Vilaine, étaient branchés sur un relais WIMAX situé sur les hauteurs de Bécherel. Depuis plus rien, plus de connexion, plus d’Internet.
La voix des habitants se veut collective : « Nous menons une bataille pour Internet depuis une dizaine d’années, car situés trop loin des relais existants, nous ne pouvions pas avoir de connexion. A l’époque, nous avions fait un recours auprès de madame la député, et en 2010 nous avons obtenu l’autorisation de Claudie Lebreton, d’être raccordés au relais brétillien. WIMAX était pour nous la solution la plus plausible et nous en étions satisfaits. » Les consommateurs bénéficiaient en effet d’un accès en illimité et d’un débit correct.

L’Hebdo d’Armor : Pourquoi n’avez-vous plus de connexion depuis le 30 novembre ?
Les habitants : Le 1er décembre 2018, nous avons d’abord pensé à une panne. Après avoir contacté le fournisseur Ozone, on nous a expliqué que nous aurions du recevoir un courrier nous expliquant que la décision avait été prise de ne plus fournir Internet par le biais du système WIMAX qui ne satisfaisait pas les habitants du département voisin. Les brétilliens avaient été prévenus deux mois en amont. Mais nous avons été oubliés... Si dans le 35, les gens ont pu se préparer  et choisir un autre système, ici nous avons été mis devant le fait accompli, c’est inadmissible. La seule solution qu’on nous propose aujourd’hui est le satellite.

L’HA : Vous semblez amers quant à cette possibilité ?
Les habitants :
Il a fallu rapidement faire ce choix, mais nous n’en sommes pas satisfaits.
Si une subvention de 400 € par foyer est allouée par le conseil départemental pour un kit antenne, l’installation reste à notre charge. De plus, nous n’avons qu’un forfait de 15 gigas pour 39,90€ par mois ! D’où notre colère. En quelques jours, soit le forfait est utilisé soit nous nous connectons en illimité entre minuit et 6h… On nous propose également de recharger notre forfait de 15 gigas pour 19 €  de plus à chaque fois, c’est un gouffre financier et inacceptable. Fonctionner ainsi en 2019 est incompréhensible, on a l’impression de retourner en arrière.

L’HA : Quels problèmes rencontrez-vous au quotidien ?
Pour l’un : «  il est quasiment impossible d’aller sur nos boîtes mails ». Pour l’autre, « ma fille qui fait ses études par correspondance doit aller dans la famille et chez des amis pour avoir accès à ses cours et rendre ses travaux… » Une institutrice explique aussi que les bulletins de notes et autres documents sont envoyés en dématérialisé : « bien entendu, je ne peux pas le faire de chez moi. »
« Au temps de la WIMAX nous étions au Moyen âge de l’Internet, aujourd’hui, nous faisons un bon dans la préhistoire ! Certains ont la fibre et nous, nous devons nous retourner vers un système coûteux et peu satisfaisant. »
Un des voisins précise qu’il fonctionne avec le satellite depuis des années : «  C’est mieux depuis 2015 mais il persiste des coupures et le forfait est très cher. Nous sommes tous solidaires même si nous ne rencontrons pas tous les mêmes problèmes. »

L’HA : Pourquoi communiquer  aujourd’hui ?
Les habitants :
Nous avons contacté le député, qui se dit compréhensif. Le maire dit que ce n’est pas de sa responsabilité. Les courriers envoyés à Dinan Agglomération et au conseil départemental sont restés sans réponses après un mois. Nous ne savons plus vers qui nous tourner. Tout le monde comprend mais personne n’agit. On pense saisir le défenseur des droits.

L’HA : Quelles sont vos revendications ?
Les habitants :
Avec le choix du satellite mais nous exigeons d’avoir un forfait en illimité en attendant le déploiement de la fibre optique prévu normalement pour 2020 – 2023. Nous demandons à être les premiers bénéficiaires de cette installation de la deuxième phase de déploiement. Nous payons des impôts comme tout le monde et la campagne est de moins en moins desservie. Les ruraux ont les mêmes droits que tout le monde mais sont abandonnés.

Marie-Christine Gorré, porte-parole des habitants, Eléonor et Sébastien Lucas, Christian Deutschmann et Didier Radin entre autres, aimeraient que ce qui est annoncé depuis 20 ans « soit enfin mis en place, qu’il y ait enfin une reconnaissance des zones rurales. On est tolérants et très patients mais la patience a ses limites et là, on en a assez ! »