Nos chroniques de l'édition du 5 mai 2018

Nos chroniques

La gazette de Théophraste

par Elie Geffray

Un dimanche ordinaire

On a eu un sacré coup de chaud la troisième semaine d’avril. Ceux qui disent : « En avril n’ôte pas un fil » n’ont qu’à aller se rhabiller. Si bien que le dimanche suivant, on avait envie de sortir prendre le frais quelque part. Pour ma part, je connais un joli coin de verdure près du canal de Nantes à Brest, face à une ancienne abbaye en perpétuelle restauration. Le dimanche matin, de Pâques à la Toussaint, s’y tient un marché de produits locaux. « Bon Repos » ça s’appelle. Juste ce qu’il faut pour se remettre d’aplomb après une canicule précoce. J’y suis allé ce dimanche. Tous les écolos du coin étaient là. Des vrais ! Avec grandes robes longues fleuries pour les femmes, barbes et crinières touffues pour les hommes. Ambiance « peace and love » des années 70. Ici on ne vend que du bio, fait maison et à la main, dans le plus pur respect de la nature, et dans un esprit d’économie durable... et tout et tout. Mine de rien, chacun « fait son beurre » !

De l’autre côté de la route, près d’un petit pont, avec vue sur l’abbaye, un restaurant saisonnier. Le midi, on s’y installe. Juste à côté, un couple de retraités des alentours prend place. La dame est plutôt fluette avec un visage émerveillé pour son seigneur et maître, et toute dévouée pour Mounette, sa petite chienne blanche de onze ans. Celle-ci s’installe sous la table, entre les pieds de ses maîtres attentionnés. « Elle n’est jamais attachée », nous précise fièrement son patron et protecteur. « Quand on va au bourg, elle ne marche que sur les trottoirs : on l’a dressée comme ça. » Avec sa casquette de néo-rural qu’il est, lui non plus, ne se laisse pas attacher. « Moi, j’ai toujours travaillé dans le bâtiment. Mais j’ai changé d’entreprises une quinzaine de fois, parce que je ne me laisse pas faire. » Faut entendre par là qu’il est syndiqué. Je jurerais qu’il est Cégétiste : il en a le profil. Mais non ! J’ai failli faire un délit de faciès : il était à la CFDT, comme Maryse, la fille d’Edmond. Un jour, son patron est venu le voir au boulot pour lui proposer une promotion : chef de chantier ou quelque chose comme ça. Mais il y avait une clause qui lui a déplu : il ne fallait plus être syndiqué. Et dès le mois d’après, il avait foutu le camp dans une autre entreprise. « Je ne me suis jamais laissé faire. »

Oui mais pourtant, il a fait l’Algérie. Enfin, un peu sur la fin : il est de la classe 61- 2 A. On lui a quand même donné une carte de combattant. Mais cette parenthèse sous les drapeaux ne lui a pas déplu : « Je n’aurais jamais mis les pieds dans ces pays-là sans le service militaire. Et puis, c’est là que j’ai passé mes permis. » Bien sûr, il fait partie de la FNACA de sa commune. Mais les rangs des anciens combattants s’amenuisent, et il s’en inquiète : « Je vais souvent à des enterrements de l’un ou l’autre. Je ne sais pas si c’est comme ça par chez vous, mais ce ne sont plus les curés qui les font, les enterrements. Mais ils ont maintenu la quête quand même. Alors, je donne une petite pièce à cause des voisins qui me regardent. Mais pas grand chose. Il paraît qu’ils disparaissent eux aussi, les curés, comme les anciens combattants. »

Sous la table, Mounette flaire les odeurs du gigot que ses maîtres ont choisi au menu. Elle réclame son dû en grattant les jambes des convives. Elle réussit ainsi à récupérer quelques bouchées. C’est sa manière à elle de faire du syndicalisme. Elle est énergiquement revendicative. Mais elle a des patrons compréhensifs, qui adorent « se laisser faire » au chantage affectif de cette petite chienne futée. Après le fondant au chocolat, qui clôture ce déjeuner, on se sépare en se disant qu’on se reverrait peut-être un jour par là. Qui sait ?

Ce fut un dimanche ordinaire, au bord de l’eau et en pleine nature. Le soir, en rentrant, la radio donnait des nouvelles des conflits en cours, des grèves de cheminots qui ne céderont pas, face à un gouvernement qui ne cédera pas. Mais ça, c’était l’autre France, celle qu’on a oublié toute cette journée de « Bon Repos. »

Théophraste tout ragaillardi.

 

Humeur vagabonde

par Bernard Le Guével

Un agrégé, des désagrégés

Voilà peu, je rencontre un mien ami, Grégoire, professeur agrégé qui me dit sur un ton doctoral (alors qu’il n’est docteur es rien du tout) :

- Jusqu’à hier j’étais agrégé d’histoire. Je ne le suis plus. Je ne t’avais rien dit jusqu’à présent  car je ne veux pas d’histoires.

Pour le coup, c’est moi qui ne le suis plus du tout (son raisonnement). Je pense mais je ne le suis pas. J’ai du mal à comprendre son parcours. Forcément qu’il n’est plus agrégé d’histoire s’il ne veut pas d’histoires ! Son parcours ne passe plus par cours ou leçons.
Je le vois soudain se décomposer devant mes yeux après m’avoir fait sa confidence.
- Zut ! me dis-je. Voilà l’agrégé qui se désagrège pour de bon.

Se faire désagréger (ou désagréguer ?) par sa hiérarchie, ça doit être un sacré désagrément. L’agrégation, ça agrémente drôlement la vie d’un prof et sa fiche de paie par la même occasion.

Du reste, j’ignorais totalement qu’un agrégé pût perdre son agrégation. Un tel prof est-il nommé désagréable, désagrégable ou désagrégeable ? Nul ne le sait. En tout cas, après s’être un peu désagrégé devant mes yeux, il s’est repris et m’a dit que même sans son agrégation, il peut continuer à enseigner car il a toujours un agrément. Il me semble qu’il donne des cours dans plusieurs disciplines. Apparemment il peut donc se dispenser d’agrégation pour dispenser ses cours. Il possède de bons arguments et des agréments qui ne sont pas des désagréments.

En plus de donner ses cours, il fait beaucoup de sport, particulièrement de la gymnastique et des agrès. Agrégé puis désagrégé, le voilà agréé aux agrès. Une fois les agrès mis en place, on peut dire qu’il agrémente son existence avec des agrès montés.

Il adore également l’haltérophilie. Il aime beaucoup soulever des poids, même les plus petits. Il dit souvent que l’on a toujours besoin d’un plus petit poids que soi chez soi. Il transpire beaucoup quand il pratique mais il ne se désaltère jamais car il fait des haltères jusqu’à plus soif.

On dit souvent que les enseignants vivent en groupes, qu’ils aiment bien se retrouver, passer des vacances ensemble, commander des choses en même temps. Ce sont par conséquent des animaux grégaires. Mon prof en question en fait pleinement partie : Grégoire, un agrégé désagrégable, désagrégé, grégaire agréé en agrès.

Il a bien failli ne plus pouvoir s’entraîner à ce sport. En effet, un jour, il s’empare de la barre mais deux filles lui ordonnent de tout lâcher immédiatement. Le malabar se désempare de la barre et, tout désemparé et désembarré, il quitte la place en laissant les haltères aux filles. Ce jour-là, lui, l’amoureux des haltères, a vu son moral s’altérer un peu plus à cause de ces demoiselles. Si l’haltérophile a le moral qui s’altère aux filles, ou va-t-on ?

Comme son moral a continué à s’altérer, voire à se déliter, il a dû s’aliter. Cet alitement n’a rien changé à l’altération et il s’est mis à écrire en faisant des allitérations en multipliant les voyelles. Du coup, il bénéficié d’une sérieuse allitération de son moral. Et c’est là qu’on sonne !

 

« LES CAOSERIES A MATAO »

par André Le Coq

« Foréts / Forêts»

Clés pour la lecture : ao = "aw" ( caozer ); ë = "eu" (rouchë); eû = "ew " (veû) ; ée = "eille", "euille " (veprée) ; ei : è, éi ; ae = " é,ë,è,a " (chantaet) ; pll =" pl" ou "pi" (pllace) ; bll = " bl "ou "bi" (bllé) ; cll = “cl” ou “qi” (cllos).Gh = "dj " (gheter). Qh = "tch" (qhi).

- Les souètiers, les eleûs sont souvent en païne coment mettr le monde a veni dan le mitan de la Bertègne, Gllaome.
- Vè.Pour dire aoterment coment les fére mouver de la mé dica la forét , de l’Armor a l’Argoat ?
- N’y a une rézon q’ervient come une réle : dan le mitan, tu n’és lein de ren.
- Ça veût etou dire par en dessou : « C’ét ézë de s’en saover ». La rézon ét don ben fâillie.
- Ça vaot vantië pus fort dan les haots mouéz, on ghéte a amieler les tourists o des animeries q’ont a revair o la nature, les foréts enchantées de lejendes...
- Més les foréts pour y étr haitantes n’ont pouint afére de lejendes. L’ére pus forte en oxijene y ét respirante. Cheminer en forét ét brave pour le qheur, peze su le trop de tension. Tu te treu dan bain de moleqhules antibiotiqes qe les arbrs orinent pour se garder des maos.
- Vaila de bones rézons pour veni ... Le bain de forét ét pus fezant qe le bain de mé, alôr !
- C’ét pus engaijant qe l’iao de la mé , seben, a vair les amares doutantes qe n’y a dan les océyans. La forét ét yun des endrets les meins ensouis e ses enterjiets font rinjer : qand tu sonje qe des sciencës ont minz a cllèr qe les arbrs s’ente enveyent des messaijes chimiqes qe porte le vent ou lous raics, i s’entecaozent, censément.
- Vla une maniere neuve d’enchanter la forét !
- Les arbrs sont en méme d’avizer si le cai qi se persente a yeûs, c’ét une pllante ou une béte ou une roche...
- Ou ben une tronçonouère ?

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- Les membres des associations, les élus se demandent souvent faire venir la population en centre Bretagne.
- Oui. Autrement dit comment la faire migrer de la mer vers la forêt, de l’Armor vers l’Argoat ?
- Il y a un argument qui revient comme une rengaine : au milieu , on n’est loin de nulle part.
- Sous-entendu : « C’est facile de s’en éloigner. » L’argument est donc faible.
- C’est un argument estival à destination des touristes à qui sont proposés des loisirs nature, des forêts légendaires...
- Mais les forêts n’ont pas besoin de légendes pour être attirantes. L’air y est plus riche en oxygène, facilite la respiration. Marcher en forêt est bon pour le cœur, réduit l’hypertension. On s’y trouve dans un bain de molécules antibiotiques que les arbres produisent pour se protéger des maladies.
- Voilà des raisons sérieuses de fréquenter les forêts... Le bain de forêt est meilleur que le bain de mer, alors !
- En tous cas, il est plus attrayant si l’on considère les substances douteuses de l’eau des océans. La forêt est l’un des endroits les moins pollués et son environnement donne à penser : des scientifiques ont montré que les arbres communiquent par des messages chimiques que transportent le vent ou leurs racines, ils se parlent en somme.
- Voilà une nouvelle manière d’enchanter la forêt.
- Les arbres sont capables de repérer ce qui se présente à eux, si c’est une plante, un animal ou une pierre...
- Ou bien une tronçonneuse ?

 

Le galo ao haot-bout a Tremorè !

La qemune de Tremorè fut la permière des qhemunes a mettr son nom su la charte « Du galo, dam yan, dam vèr » en 2015. Ded’la o fut periéy a la Rejion Bertègn o d’aotrs signous, souaites e enterprinzes, pour fère de la recllame. Pour ressieudr, en 2016, o pozit son sign su le livé deùz de la charte e dret o perpozit un espectacl en galo de contes du paiz e d’aîllou.

En 2017, fut levée ene sairéy teyatr o du monde de Loudia, les prechous ben sûr e de Saint Malo. A l’entame, le monde ont zû plleziy a vaer e acouter des petites garçailles jouer qheuqes fabls en galo; i’z avaent aprinz ‘ela durant des petites pâssées de galo a la livrerie publliqe. ‘la fut l’anéy etou durant q’i n’i a zû des ancontries o le monde d’aije, des artiqes d’ecrit pour la gazette municipa e core e core…

Pour 2018, la mérerie de Tremorè o des souétes parai come l’ecole du Rna, Trem’Armor Jeunesse e l’ODCM, ont perpozë ene sairéy galo le 21 d’avri. Futent periës a vni la Marie Chiff’Mine, la contouze de metier e ao devant n’i a zu de douner des istouères « les caoseries a Matao » d’André Le Co par les pousouz de Tremorè e des conteries de Pôl Ercourseu, né natif du paiz.

Un biao espectacl ben menë par la Marie Chiff’Mine, come d’amouéz, qi fut nette bone! Des istouères su les coulours, les fllours, les vents o sa berouette juchée a-haot su les pllanches de la sale des fêtes. Mirabiao, le monde avaen des beluettes ao pllein les yus e tertout ont tirë a vilaije tout en berlaodant.

Vaici core ene bièlle sairéy qi mét ao haot-bout notr parlemant sitant vioche !

Le gallo toujours à l’honneur à Trémorel !

La commune de Trémorel a été la première des communes à signer la charte « Du galo, dam yan, dam vèr » en 2015. Ainsi, elle fut invitée à la Région Bretagne avec d’autres signataires, associations et entreprises, pour le faire savoir. En 2016, elle signait le niveau deux de cette charte et proposait dans la foulée un spectacle en gallo de contes d’ici et d’ailleurs.

En 2017, c’est une soirée théâtre qui fut proposée avec une troupe de Loudéac, les prechous et une de Saint Malo. En première partie, les spectateurs ont eu le plaisir d’écouter des enfants présentés quelques fables en gallo. Ces derniers avaient participé à des ateliers de gallo à la médiathèque municipale. Cette même année était également organisée des rencontres avec les anciens, des articles en gallo paraissaient dans le bulletin municipal et bien d’autres choses encore sur le gallo…

Pour 2018, la mairie de Trémorel accompagnée par des associations telles que l’Ecole du Rna, Trem’Armor Jeunesse et l’ODCM ont proposé une soirée gallo le 21 avril. Ont été invités Marie Chiff’Mine, la conteuse professionnelle mais avant les apprenants de gallo de Trémorel ont présenté deux « caoseries a Matao » d’André Le Coq et Paul Recoursé, originaire de Trémorel, a raconté quelques histoires du pays.

Un spectacle joliment conduit par Marie Chiff’Mine qui fut une fois de plus captivante ! Des histoires sur les couleurs, les fleurs, les vents avec en arrière plan sa brouette installée sur la scène. Les spectateurs ont eu plein les yeux et tous sont repartis tout rêvassant.

Voici une nouvelle soirée qui a mis à l’honneur notre langue encore bien vivante !