Nos chroniques de l'édition du 12 mai 2018

Nos chroniques

Nos chroniques de l'édition du 12 mai 2018

La gazette de Théophraste

par Elie Geffray

«  La minute de silence a été longue ! »

Les cérémonies aux monuments aux morts ont la vie dure. Les temps passe, les événements qu’elle évoquent s’éloignent, les rangs des anciens combattants s’amenuisent, mais leur fréquentation tient bon. Il y a toujours un bataillon de participants qui font preuve de résistance, et qui y participent régulièrement. Et pourtant, c’est toujours le même rituel : défilé, discours pompeux lu par un élu local, minute de silence, Marseillaise, puis vin d’honneur. Je ne voudrais pas m’avancer en faisant un jugement prématuré, voire déplacé, mais il est permis de se demander si ce dernier élément, le vin d’honneur, ne contribue pas quelque peu à entretenir le civisme. Je vous laisse réfléchir là-dessus. Jusqu’ici, Edmond, quant à lui, ne  s’y rendait jamais. Il est pourtant « ancien d’Algérie », mais sans conviction. Il estime qu’une guerre coloniale, «  ce n’est pas très glorieux. » Mais cette année, pour le 8 Mai, il n’a pas résisté à la pression amicale de quelques copains, qui lui ont suggéré que s’il ne venait pas au monument aux morts, il pouvait au moins participer au pot à la mairie. Mais ça, Edmond n’est pas d’accord : «  Pas de cérémonie, pas de vin d’honneur. Le contraire serait très mal poli ! » 

Alors, pour la première fois depuis la fin de toutes les guerres, Edmond n’a pu résister à l’appel héroïque de ses potes. Il a proposé à Yolande de l’emmener. Mais celle-ci a décliné l’invitation sèchement : «  S’il y avait eu une messe comme dans plusieurs communes aux alentours, j’y serais allée. Mais ici, c’est laïque. Et pour moi, ça ne compte pas. C’est rien du tout ! » Et c’est précisément l’absence de cérémonie religieuse qui a motivé Edmond. Comme quoi, la pacification par le monument aux morts a ses limites.

Edmond n’a pas regretté sa démarche. D’abord, il y a eu un petit discours du maire qui ne lui a pas déplu. Il a dénoncé le retour des mouvements nationalistes d’extrême-droite un peu partout en Europe, comme si on oubliait ce qui s’était passé il y a soixante-dix ans en Allemagne. Et quand on parle d’extrême-droite, Edmond voit rouge ( ou brun, plutôt.) Et là, il se met en colère. C’est pourquoi, il n’a pu se retenir d’aller féliciter son maire. Du coup, il a  trinqué avec lui.

Et puis ensuite, Edmond a été capté par ses copains. Ils ont causé de tout ce qui se passe dans la commune. Du temps qu’il fait. Des malades. Des morts. Des jeunes qui ne viennent pas aux cérémonies patriotiques : «  Mais qui entretiendra notre monument après nous ? » Ils évoquent surtout des bons souvenirs du service militaire : «  Où t’as fait tes classes ? Quel grade tu avais ? 1er  jus ! Moi, caporal-chef. - Et toi ? Combien de temps en Algérie ? Dans le bled ou dans un bureau ? - Gros veinard ! T’étais un planqué ! Moi, j’en ai bavé : on allait en opérations tous les jours. Les fellagas nous attendaient. On a eu des blessés et même un mort :  un gars de pas loin d’ici, mais en Ille-et-Vilaine.  On n’en menait pas large tous les jours. C’est toute une partie de notre jeunesse qui a été bousillée. - Et pourtant, c’était quand même le bon temps. On était jeunes. On n’avait pas de douleurs comme maintenant. - Bon, alors on remet ça ? On ne va pas se laisser abattre ! Allez, un autre pastis. » Et de fil en aiguille, une bonne ambiance s’est installée. Et puis, un dernier verre pour la route et on s’en va.

Oui mais le temps a passé très vite. Edmond est arrivé très tard à la soupe. Yolande, elle, a fait la soupe à la grimace. Elle s’est contentée d’une remarque qui a claqué comme un coup de révolver : «  Eh bien ! La minute de silence a été bien longue aujourd’hui. »

Théophraste qui ne la ramène pas.

 

Stade Rennais : Ao pus fort la pouche 

par Michaël Genevée

Coure qi ne coure…

Passë la permière pllace au renjement core pour le PSG la fai la, n’i a core du combat par dère. L’OM, l’OL ou ben Monaco sont a s’entr-batr pour haper ene pllace en ligue des Champions pour la sézon q’ét a vni, ét n’i a de la baoderie tant qe tant su la carée de jourie parai come den les gazettes ! Par dère yeùs, ét core ene aotr afère pari ! Cte coup ci ét pour la ligue Europa 2018-2019, n’i a gros de souétes q’ont devoçion de haper la 5ème e la 6ème pllace, sembelle qe la daraine-la va yètr uropiène la perchaine anée si qe le PSG araet la pouche contr les herbiers en Coupe de Franse. Et bel e biao a fère meins ét de le fère pour le club permier de ligue yune. Pour ce qi n’ét du SRFC, les bertons ont ao runje yeùs de haper yune des pllaces la meins i ne sont point tout sou pari. Saint Etienne, Nissa, Montpelier ou ben core Bordeaux ont yeùs etou l’idée la! Va n’y avair core du combat diq’a l’about den deùs pâssées de temp. Le SRFC a poqhë le TFC l’aotr secant; ‘la ne fut point un mach biao a vaer, point neni, meins les bertons ont zû la pouche den le bout (2-1) cez yeùs. Pour l’about de la sézon li, i n’a pour tous les Robin; Du jou d’anet, châqe club a sa pougnée de machs mal comode. Pour Rene, mézë ét de gangner contr Strasbourg en Bertègn, se n’an chvi contr le PSG e pés poqher, pour la daraine jourie, Montpelier ao Roazhon Park le samadi 19 de mai. Ao sair la, je sarons qi q’a la pouche, ventiés un club berton, le SRFC ! ‘la seraet-i ene anée chançouse pour le SRFC ?
Aléz Rene !

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La course folle…

Outre la première place attribuée au PSG encore cette fois-ci, il y a encore des choses qui se jouent par derrière. L’OM, l’OL ou encore Monaco se battent pour s’octroyer une place en Ligue des Champions pour la saison prochaine, il y a de la tension tant dans les matchs que dans les journaux ! Derrière, c’est encore autre chose ! Cette fois-ci, il s’agit de la ligue Europa 2018-2019, beaucoup de clubs ont la volonté de prendre la 5ème ou la 6ème place, partant du principe que cette dernière sera européenne si le PSG bat les Herbiers en finale de Coupe de France. Cela semble facile à faire mais il faut encore que le PSG le fasse. Pour ce qui est du SRFC, les bretons semblent bien décidés à s’emparer de l’une de ces places mais ils ne sont pas seuls. Saint-Etienne, Nice, Montpellier ou encore Bordeaux sont également dans la course, et le combat va être dur jusqu’au bout c’est à dire après les deux matchs restants. Le SRFC a battu le TFC l’autre fois; cela ne fut pas un match beau à voir mais les Bretons ont obtenu la victoire (2-1) à domicile. Pour la fin de saison, il y en aura pour tout le monde; A partir d’aujourd’hui, chaque club aura sa série de matchs difficiles. Pour Rennes, il faut gagner contre Strasbourg, gérer contre le PSG et battre Montpellier au Roazhon Park le samedi 19 mai pour la dernière journée. Ce soir là, nous connaîtrons le vainqueur de cette course folle, peut être un club breton, le SRFC ! Cette année serait elle la bonne ?
Alléz Rennes !

 

Humeur vagabonde

par Bernard Le Guével

Pour poncer, on a mis le pa(r)quet

Ah ! Ouf ! Je viens de terminer une sacrée corvée ! J’ai terminé de rénover mon parquet. Au début, je n’y avais même pas poncé et puis je me suis dit que finalement, il en avait bien besoin. Pour m’aider, j’avais un ami grec qui habite une partie du temps sur l’île de Rhodes et qui a bien voulu bosser chez moi. J’étais vraiment très content parce que, du coup, j’avais avec moi le ponceur de Rhodes, hein.

Émery (c’est comme ça qu’il se nomme même si ça ne fait pas très grec) c’est un vieux pote. Son père était boucher de campagne et sa mère était une fille Deveau de la ville (et non pas de vaudeville). Une sacrée fille, une sacrée tête qui possède de multiples diplômes. Une tête Deveau ! C’est sûrement pour ça qu’on appelle souvent mon pote Émery Deveau et que son père qui se nommait Leboeuf bien qu’étant charcutier, n’en faisait qu’une bouchée quand il se fâchait après lui. Cela arrivait souvent car le garçon ne comprenait rien à ce qu’on lui expliquait. Boucher à l’Émery Deveau quoi !

Il ne comprend toujours pas grand-chose sauf en matière de ponçage de parquet. Quand on l’embauche pour ce genre de corvée, il réfléchit longuement avant de commencer le travail et il ne faut surtout pas le déranger. De même, quand il a commencé à poncer un parquet, on doit le laisser tout faire : poncer, nettoyer, frotter. Il dit toujours : je ponce donc j’essuie. Pour nettoyer après lui, il utilise invariablement de gros morceaux de toile qu’il trouve on ne sait où. C’est sans doute de la toile Émery. Il en est très fier et il incite volontiers ses amis à la regarder de près en disant :

- T’as vu le beau tissu. Cette toile, ah, mate-la !

Alors, forcément, quand je dis que je viens de terminer une corvée, je transforme un peu la réalité. C’est Émery qui a fait le boulot. Le jour de notre corvée, il s’était procuré une ponceuse qui ne marchait pas très bien. À un moment, elle a fait une grande rayure sur le parquet, une rayure qui a fini par former un carré parfait. Émery qui ne maîtrise par la géométrie était assez fier de cette rayure carrée qu’il nommait une rayure cubique. Carrément content !

- Ça me procure un vrai plaisir, me dit-il.

Autrement dit, il se prenait pour le procureur de la raie cubique.

Pour blaguer, je lui ai dit que le parquet pourrait bien déposer une plinthe au pénal mais il n’a pas très bien compris la plaisanterie. Fâché, il a jeté le verre qu’il tenait à la main dans la cour qui est donc devenue la cour de cassation.

Par contre, il a très bien admis que cette rayure dans le milieu de mon parquet ne me faisait pas vraiment plaisir.

- C’est vrai que ton parquet est vraiment très ancien. Il doit être vieux comme les Rhodes au moins, qu’il a dit.

Je n’ai pas relevé l’erreur. Rhodes, Hérode, les robes, je comprends que même un Grec finisse par y perdre son latin.

En tout cas, j’étais très content de ma journée car mon parquet était comme neuf, Émery était satisfait de son travail. Il faut dire que que c’est un ponceur Éméryte.

 

 

« LES CAOSERIES A MATAO »

par André Le Coq

Brezil  / Brésil

Clés pour la lecture : ao = «aw» ( caozer ) ; ë = «eu» (rouchë) ; eû = «ew» (veû) ; ée = «eille», «euille « (veprée); ei : è, éi ; ae = « é,ë,è,a « (chantaet) ; pll = «pl» ou «pi» (pllace) ; bll = « bl» ou «bi» (bllé) ; cll = “cl” ou “qi” (cllos).
Gh = «dj» (gheter). Qh = «tch» (qhi).

- Je veyi dan le journa q’ao Brezil, n’ y a 15  tribus indienes su trouèz cents q’i chouézissent de tuer des garçailles de lou tribu, Gllaome.
- Il en ét des  «  saovaijes », come des aotrs monde, i ne sont pas tourjou bons ! Més pourqhi don pareille fezerie ?
-  Les tribus indienes-la o tossent les poupons émangnës ou core yeûs de méres celibats ou méme les jemiaos q’ont le loz de féner le monde.
- Coment qe  les Breziliens vayent l’afére ?
- Depés 1973, les tribus sont garanties de pouvair véqhi a vair lous coutumes. Deça, la Souète des antropologues ét du bord des indiens en qhession. Coment s’en chevi dan la forét o du monde émangnës ? A d’aotrs, ben sûr, la fet grand donjier.
- Si j’interluze ben, d’aprés yeûs, cete fezerie qi nous paret une abomination, lou sert a amenuzer les néssances e  aïde a la coterie a se  véqhi dan des enterjiets eyou q’i menent un train malézë.
- Vè. Ela me met a  sonjer dan une istouère d’un ecrivou du 19é siècl, Maupassant. Dan un tribuna d’assises une chamberiere  ét jujée pour infanticide. O conte q’o parit tout le hatelot ao poupon avant qe stici ne s’atire. Alôr, les jurës li demandent pourqhi q’ol avaet fet tout l’ouvraije-la pour fini par fere mouri l’efant. E la, la jieune fame reponit qe n’y avaet pas un poupon més deûz !
- Son cas devenaet gandilleu !
- P’un brin. Ol espliqhit q’ol avaet tuë les deûz par deconsolance. O yun ol araet peû s’en chevi, més invention pour lé d’en eblucer deûz. O fut aqhitée o les jurës qe ses aheurs avaen emayës.
- Ça taet ao 19é siècl. Anet la ne seraet pas de méme, seben.

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- J’ai lu dans la presse qu’au Brésil, il y a 15 tribus indiennes sur trois cents qui pratiquent l’infanticide à l’intérieur de leur tribu.
- Les « sauvages » ne font donc pas exception, ils ne sont pas toujours bons ! Mais pourquoi une telle pratique ?
- Ces tribus mettent à mort les enfants handicapés, ceux des mères célibataires ou encore les
jumeaux réputés porter malheur.
- Comment les Brésiliens réagissent-ils ?
- Depuis 1973, le statut des tribus leur permet de vivre selon leurs coutumes. C’est pour cela que la société des anthropologues prend le parti des indiens. Comment faire pour vivre dans la forêt  lorsque l’on est handicapé ? D’autres , bien sûr, sont indignés.
- Si je comprends bien, cette pratique qui nous paraît abominable, sert  aux tribus en question à réguler les naissances et à vivre dans un environnement très difficile.
- Oui. Ça me fait penser à une histoire écrite au 19é siècle par Maupassant. Aux assises, une servante est jugée pour infanticide. Elle dit qu’elle avait préparé le trousseau pour la naissance du bébé. Alors les jurés lui demandent pourquoi elle avait fait tout ce travail pour finir par  faire mourir l’enfant. Et la jeune femme répondit qu’il n’y avait pas un enfant mais deux !
- Son cas s’aggravait !
- Pas du tout ! Elle expliqua qu’elle avait agi par désespoir. Elle avait les moyens d’en élever un mais pas deux. Elle fut acquittée par les jurés émus par son malheur.
- C’était au 19é siècle. Pas sûr que la réaction serait la même aujourd’hui.