Nos chroniques de l'édition du 10 mars 2018

Nos chroniques - CHRONIQUES

Nos chroniques de l'édition du 10 mars 2018

La gazette de Théophraste

par Elie Geffray

Lettre posthume à Pello

Mon cher Pello. Tu me mets dans un sacré merdier. J’étais à tes obsèques le lundi 12 Février au centre funéraire de Saint-Brieuc. Il y a déjà un mois. Je ne puis, ici, éviter cet événement qui a touché tout le Mené, la grande fratrie des cyclistes, les humanistes idéalistes, amoureux de justice sociale et de « camaraderie ». Ça fait beaucoup. Et nous étions nombreux. Mais comment écrire sur un mort dans une chronique d’humour ? Je vois, à ton regard malicieux d’outre-tombe, que tu n’es pas mécontent de me mettre encore dans l’embarras.
D’abord, je note que dans ce rassemblement massif de tes copains admiratifs et attristés, ce n’est pas toi qui, pour une fois, et la dernière, tenais le crachoir au micro. C’était moins éloquent, mais on a fait ce qu’on a pu. En tout cas, c’était sincère et authentique. En tête du peloton de tes supporters, Daniel Blouet, l’initiateur du Circuit du Mené. C’est lui qui conduisait le deuil. Derrière, à une longueur, de nombreuses anciennes gloires  que tu avais tant citées en tant que speaker : Alain Nogues, Philippe Leleu, la famille de Sébastien Hinault, André Carlo. Mais aussi des moins gradés qui se sont bien battus comme Maurice Jeanne, Gilles Landin, ou encore Rémi Badoual, un beau parleur, lui aussi, qui, lorsqu’il ne pédalait pas, aimait bien prendre le micro, sur le podium, avec les demoiselles d’honneur. Marcel Leroux aussi, l’archiviste exhaustif des exploits cyclistes, était présent, et devait prendre bonne note de ton dernier baroud. Sans compter tous ceux que je n’ai pas vus. Mais à la sortie de la cérémonie, on était heureux. De se revoir. De bavarder. D’évoquer des épopées un peu embellies par le temps. Un moment de forte fraternité, comme tu les aimais, toi, Pello.
La dernière fois que je t’ai vu, c’était dans la
« Rue au Juif », à Collinée, où tu étais venu prendre ta retraite. Tu m’as montré ton appartement, dans une ancienne gendarmerie. J’ai trouvé ça paradoxal. Toi, l’insurgé, dans un logement qui avait servi à abriter les « forces de l’ordre ! » Mais je sais que l’ordre social qui te mobilisait, c’était celui de la justice, du respect pour les modestes, de la générosité. Jacky Aignel, le maire du Mené nous l’a rappelé, tout en reconnaissant que tu avais là-dessus «  des idées bien arrêtées.... » On n’en doutait pas !
Ta voix d’adolescent qui n’a pas achevé sa mue était célèbre. Il est vrai que tu avais été atteint d’une maladie, dans ta jeunesse, qui avait stoppé ta croissance. Ton médecin d’alors t’avait prédit une chance de survie jusqu’à trente ans maximum. Tu t’es accroché jusqu’à une encablure de tes 79. Tu as fait une sacrée résistance. On pourrait t’accorder sans discuter la prime de la combativité. Mais cette précarité t’a affecté d’une secrète gravité existentielle. Toi qui n’étais pas clérical pour un sou, tu te vantais d’avoir deux ou trois amis curés,  dont Michel Fleury, qui t’a tragiquement précédé dans l’au-delà en mettant pied à terre avant la ligne d’arrivée .Tu voulais, avec eux, aborder « le fond des choses. » Sur cette question difficile du sens de la condition humaine, on n’est jamais au clair. J’ai bien entendu la citation de Victor Hugo, que l’un de tes amis prof ( tu aimais aussi les gens de culture) a faite pour conclure son témoignage. Mais je ne l’ai pas  retenue à la lettre. J’ai compris qu’elle était de la même veine que celle-ci, du même auteur :
«  Les morts sont les invisibles, mais ils ne sont pas les absents.».

Théophraste, endeuillé mais serein.

 

Stade Rennais : Ao pus fort la pouche

par Michaël Genevée

28ème pâssée de ligue yûne 2017-2018

ASC 0-2 SRFC - En bone fin !
Gerncih a gernai, le SRFC s’aperche du haot-bout o 3 vitouères e un mach pour de ren depés un moués de temp. Pasmeins, les bertons ont d’amouerdr de cheir den le pu cant q’i sont de haper de cai meins la fai la contr Amiens, ‘ela ne se tournit point de même.
Carée de jourie de la Licorne - 10 241 de monde - maitr departou : Nicolas Rainville.
Tenant, tenant, le SRFC n’ét point biao a vaer jouer su les permières pâssées d’un mach. ‘la fut de même core su sti la diq’a la 30ème de minute. Les Amienoués, yeùs, ont meinz la patte su la balotte dret l’entame e i n’ont zû qheuqes arivas meins Koubek avaet les sèt pertus d’ouvert. Et come ela qe Traoré ou ben core Mendoza fezaent chat ao devant le gardou de caijes berton. Tout come devaillës, les bertons en un vire de main o Khazri vont se mettent biao un petit evant le repos (0-1, 40è).
D’ertour, l’ASC va se ramouceler meins les bertons vont chomer un vrai etanchâ e Rene yeùs s’acoussent vitemant par houpées den la carée de l’ASC. Et de même qe Rene, o un mirabiao de but de Sarr, va haper la pouche (0-2, 86è) e nâcher l’ASC den la qhu du renjement.
N’i avaet point o cai s’ecoqailler a vû le mach… meins le SRFC seije asteur gangner den des temps come ‘ela. I n’a deùz q’i futt biao a vaer su cte pâssée de jourie : Koubek, eustra bon e Khazri, pas yun a li mettr la patte dessu, invencion pour les aotrs, maitié pas creiabl de vaer un jouou parai a Rene… du plleziy a vaer jouer ren qe de plleziy. Lamouchi ét ofignou e marche d’ene brave sorte o sa couée de jouous diq’a... je n’en savons ben ren anet meins ventiés devérs l’Urope. Perchain mach, le SRFC va ercepë l’ASSE q’ét ao vent de sa bouée les darains temps.
Aléz Rene !

28ème journée de ligue 1 2017-2018

ASC 0-2 SRFC - Sur la bonne voie !
Petit à petit, le SRFC approche du haut du classement avec trois victoires et un match nul depuis un mois. Pourtant, les bretons ont l’habitude de chuter quand il s’agit de décrocher quelque chose mais cette fois-ci contre Amiens, cela fut différent.
Stade de la Licorne - 10 241 spectateurs - arbitre central : Nicolas Rainville.
De façon récurrente, le SRFC ne propose jamais de bonnes premières périodes. Cela fut encore le cas cette fois jusqu’à la 30ème minute. Les Amiénois ont pris le jeu à leur compte dès le début du match et ont eu quelques occasions mais Koubek fut très attentif. C’est ainsi que Traoré et Mendoza ont échoué devant le gardien breton. Enfin réveillés, les bretons avec Khazri et comme par surprise, vont prendre l’avantage avant le repos  (0-1, 40è).
De retour, l’ASC va se ressaisir mais les bretons vont faire barrage et Rennes va alors jouer par contre-attaques. C’est ainsi que Rennes, avec un superbe but de Sarr, va s’emparer de la victoire (0-2, 86è) et laisser l’ASC au fond du classement.
Ce match n’a pas donné l’occasion de s’extasier… mais le SRFC sait gagner maintenant dans des temps comme ceux-là. Il est à noter que deux joueurs sont ressortis du lot : Koubek, très bon, et Khazri, aucun n’a réussi à lui prendre la balle, imprenable, c’est incroyable d’avoir un joueur comme lui aujourd’hui à Rennes… du plaisir à voir jouer et rien que du plaisir. Lamouchi est exigeant et avance efficacement avec l’ensemble de ses joueurs jusqu’à… impossible de savoir mais peut être jusqu’à l’Europe. Prochain match, le SRFC reçoit l’ASSE qui est actuellement dans de bonnes dispositions.
Allez Rennes !

 

 

Humeur vagabonde

par Bernard Le Guével

Mou et remous
Mort et remords

 

Les plus jeunes ne le connaissent sans doute pas. En revanche, ceux qui ont déjà un peu de bouteille se souviennent certainement du sketch de Fernand Raynaud intitulé La chatte à ma soeur. Il voulait du mou pour la chatte à sa soeur ! Du mou ! Encore du mou ! La pauvre chatte ! Il voulait lui bourrer le mou ! Malgré tout ce mou, le sketch n’a jamais causé le moindre remous et pourtant, il y avait une certaine connotation grivoise dans les propos de l’humoriste.
Personne ne s’est jamais fâché après ce texte. En réalité, ceci est un peu normal : le spectateur est bon public et le mou tarde à lui monter au nez. Même les enfants écoutaient ce sketch ! J’en étais et je m’en souviens encore. Et on rigolait bien ! Je me suis rendu compte depuis que je ne savais même pas pourquoi on riait tellement.
Ce n’était vraiment pas un sketch pour enfants à regarder le soir. Pas un sketch pour les mous tard. Ni même pour les mou du g’nou.
À l’époque, nous autres, les gamins, on ne savait pas du tout que le mou en question, c’étaient les poumons des bêtes de boucherie. Fernand Raynaud ne manquait pas d’air ! Le poumon vous dis-je ! Certains chats s’étouffaient à manger cette cochonnerie. C’est bien connu : il ne faut jamais couper la bronche sur laquelle on est assis.
Et puis, on ne connaissait qu’un seul sens au mot chatte ! Nos parents, je ne sais pas. On n’osait pas leur demander. On ne voyait pas ce qu’il y avait de drôle à parler de la chatte de sa soeur qui avait faim ! Et surtout, on ne comprenait pas pourquoi la soeur à Fernand elle voulait du mou pour sa chatte. Elle pouvait pas lui donner du lait comme nous autres, à la ferme ?
Bref ! Et de toute façon, la chatte de la soeur à Fernand, cette feignasse (la chatte, pas la soeur), elle aurait pu aller à la chasse, aussi, au lieu de commander du mou ! Ou alors, après avoir avalé son mou, elle aurait pu aller essayer d’attraper un rat ! Un rat-molli ou un rat mollo. Mais non pensez-vous ! Il lui fallait du mou ! Ses maîtres n’étaient pas assez durs avec elle à lui donner tout le temps du mou comme ça. Au lieu de lui lâcher tant de mou, ils auraient mieux fait de lui tenir la bride !
Que le sketch de Fernand Raynaud ait amusé autant de monde n’est pas très surprenant, après tout. Avec le mou, rire et mourir de rire, c’est facile. Et sans regret car comme on ne peut mourir qu’une seule fois, on ne peut pas être mort et re-mort. Alors, on rit du mou, des remous et du re-mou. De rire on est mort et sans remord pour le coup. De plus, avec un type comme Fernand Raynaud, on ne pouvait même pas dire que c’était de l’humour à la remords-moi-l’ noeud !
Et la chatte à la soeur à Fernand, elle a failli perdre ses moustaches tellement elle mangeait le mou peu proprement. C’est bien connu : quand on le mange trop vite, le mou s’tache !
Et si elle avait vécu chez des viticulteurs, vous croyez qu’on lui aurait donné du moût, à la chatte à sa soeur ?

 

« LES CAOSERIES A MATAO »

par André Le Coq

Sembllants / fantômes

Clés pour la lecture : ao = «aw» ( caozer ); ë = «eu» (rouchë); eû = «ew « (veû); ée = «eille», «euille « (veprée); ei : è, éi; ae = « é,ë,è,a « (chantaet) ; pll =» pl» ou «pi» (pllace); bll = « bl «ou «bi» (bllé);cll = “cl” ou “qi” (cllos).Gh = «dj « (gheter). Qh = «tch» (qhi).

-  Dis-don, Matao, les «  vaches fantômes », dan qhi qe la  te met a sonjer ?
-  Des sembllants de vaches ? Ben de cai, ma fai. Ma permiere idée  c’et qe ça pouraet y étr des bétes d’inventerie menées par des vejetariens a fere qhegner les manjous de chai durant lous netées.
- Nouna ça n’ét pouint des bétes de merveillance, c’ét des  vaches  ben réelles.
- T’és a me dire qe c’ét des  sembllants qi n’en sont pas ? Ecllerer un ptit l’afére.
- Vla. C’ét l’istouère d’une chanillerie  dan des fermes olandézes. Les elevous arivent a avair  pus de bétes qe   y en a de decllarées. Su 23 300  fermes d’elevaije és Paiz-Bas, 7700 nn’en seraen.
- N’ét pas une petite afére. M’etone pas qe n’ a deja du lait trop en Urope.
- Aprés les eûs ao fipronil, la derogation su les nitrates qi fet qe les Olandèz  enveyent lou lizier  un ptit partout, vla core un altabut de pus pour l’agroalimentaire de  l’aotr paiz de  la chanillerie.
-  Pesq’on ét a  caozer de sembllants, les temps ilë, y en a de toutes les orines. En Italie, parem, vla Berlusconi d’ertour. Biao q’il a quater-vint un ans e qi  ne pouvaet pas y étr eleû, i menit campagne cantë la drete du bout emméle les néofachists.
-   Il ét tenant amarë pour passer a la télë  q’on diraet q’il ét momifië de son vivant.
- Aotr sembllant tourjours  mal fezant pareil :  Jan Kuciak , un ghimentier slovaqe,  q’étaet a ensercher su les fezeries d’une  mafia calabréze, la ‘Ndrangheta, en Slovaquie, a të terouë môrt cantë sa bone amie.
- Je savae pas qe la mafia etaet aleutée dan un paiz de méme.
- Sia. E la ne date pas d’anet. Du temp du réjime comunist les mafias  pouvaen s’apouyer su des politiqes q’ils achetaen pour fére lou trafic d’amares venues des paiz capitalists.

-------------

- « Les vaches fantômes » ça te fait penser à quoi ?
- Pas mal de choses. A première vue ça pourrait être des bêtes imaginaires conduites par  des végétariens pour  perturber le sommeil des mangeurs de viande.
- Non, ce sont de animaux bien réels.
- Tu me dis que ce sont des fantômes qui n’en sont pas ? Explique un peu l’affaire.
- Voilà. C’est l’histoire d’une fraude dans des fermes hollandaises. Les éleveurs ont plus de vaches qui produisent qu’ils n’en déclarent. Sur 32000 élevages , 7700 seraient concernées.
- C’est énorme. Pas étonnant qu’il y ait surproduction de lait !
- Après les œufs au fipronil, la dérogation sur les nitrates qui permet aux Hollandais de disperser leur lisier hors frontières, voilà un scandale de plus pour l’agroalimentaire dans l’autre pays de la magouille.
- Puisque l’on parle de fantômes, c’est temps-ci on en aperçoit de toutes sortes. En Italie par exemple Berlusconi est de retour. Malgré ses 81 ans et son inéligibilité, il a fait campagne avec l’extrême-droite dont les néofascistes.
- Il est tellement arrangé pour passer à la télé qu’on le dirait momifié de son vivant.
- Autre fantôme toujours aussi malfaisant, la mafia. Jan Kuciak, un journaliste slovaque qui enquêtait sur la mafia calabraise, la Ndrangheta, en Slovaquie, a été retrouvé mort avec sa compagne.
- Je ne savais pas que la mafia y était installée.
- Ce n’est pas récent. Du temps du régime communiste, les mafias pouvaient s’appuyer sur la corruption politique et la contrebande de produits occidentaux.