La fête à Macron

Politique

Le 5 mai, La France insoumise a organisé dans les rues de Paris une manifestation sous un mot d’ordre polémique : faire « la fête à Macron », c’était vouloir lui régler politiquement son compte.

Sous le grand soleil et sans les bataillons de casseurs « black blocs » qui avaient gâché le défilé du 1er mai, la fête a été réussie (moins de 40 000 manifestants selon la police et un organisme indépendant mandaté par un collectif de grands médias, plus de 100 000 selon les organisateurs) et une autre manifestation se prépare pour la fin du mois. La gauche radicale peut donc enchaîner des mobilisations, mais elles sont mal articulées au mouvement syndical et elle ne peut aller plus loin. La gauche est toujours léthargique et toutes les oppositions parlementaires réunies ne peuvent pas enrayer la mécanique législative.

Domination

La « fête à Macron », ce fut donc encore « la fête de Macron » – un homme qui domine complètement le paysage politique et qui maîtrise l’ensemble du jeu à la suite des coups d’audace et des coups de chance qui ont marqué sa campagne présidentielle. Lui-même a dit qu’il est entré à l’Élysée « par effraction » et il déclare régulièrement « assumer totalement la verticalité du pouvoir », de son pouvoir : le Président agit comme un Premier ministre et prend les initiatives qui relèvent d’ordinaire de la Défense, des Finances ou des Affaires étrangères. Le gouvernement entérine les décisions élyséennes et les députés de la majorité suivent sans faire beaucoup d’histoires.

Approche favorable

Emmanuel Macron dispose de tous les moyens nécessaires à la mise en œuvre d’un projet radicalement réformateur qu’il expose avec une précision croissante. Après les ordon­­­nances réformant le Code du travail, après les premières mesures fiscales et le difficile lancement de la réforme de la SNCF, le président de la République a déroulé le fil directeur de son projet dans le magazine Forbes. Il s’agit principalement d’un projet économique et financier orienté par une « approche favorable aux affaires » (« business friendly approach »). La fiscalité est conçue pour attirer les capitaux étrangers qui doivent trouver un France un droit du travail assoupli et une constante modération salariale. D’où l’annonce soudaine de la suppression de l’exit tax improvisée au temps de Nicolas Sarkozy afin de pénaliser les personnes qui installent leur domicile fiscal à l’étranger : il faut que la circulation des capitaux soit beaucoup plus libre et faire en sorte que la France soit plus « attractive » que ses rivaux étrangers.

Imposer les réformes

Les réformes menées à un rythme accéléré par Emmanuel Macron et la petite équipe qui l’entoure à l’Élysée vont peut-être provoquer de profonds bouleversements dans la société française et par conséquent de fortes résistances. Le président de la République le sait et il profite de la faiblesse des oppositions et des divisions syndicales pour faire accepter ou pour imposer rapidement toutes les réformes qu’il juge décisives.

Relatifs succès

S’étant donné deux ans pour commencer à réussir, il peut s’estimer satisfait du bilan de la première année, malgré les grèves et le ralentissement de la croissance. Ses relatifs succès peuvent lui faire oublier l’étroitesse de sa base sociale, sa faible popularité et la fragilité que recèle l’extrême concentration du pouvoir  élyséen. Dans un système privé des médiations ministérielles et partisanes, c’est le Président en personne qui doit absorber tous les chocs. Là est le danger.

Alice Tulle