Grande guerre: Des témoignages poignants

Le faubourg de Belleville à Verdun.

L’Hebdomadaire d’Armor vous fait partager des témoignages recueillis dans les années 80 par René Richard, président de l’association 14-18, à propos de la Grande guerre.

En 1983, Monsieur Davy, classe 1914, sous-officier dans un régiment de zouaves, témoignait de la fin  de la bataille de la Somme, en novembre 1916. Il était revenu de la guerre marqué, avait été professeur de mathématiques et habitait Dinan.

« L’attaque était à 9 h 57 du matin. Jamais ce n’était à une heure franche, c’était toujours des minutes. C’était un bataillon qui attaquait. Il y avait deux compagnies en première ligne, dont ma compagnie. Quand les compagnies étaient en première ligne, deux sections étaient en fait en première ligne et deux sections étaient un petit peu en arrière. J’étais dans la section de droite qui attaquait, à gauche d’une autre section. À ma droite, il y avait une autre compagnie. Le commandant de compagnie qui était un jeune Saint-Cyrien, un gosse qui voulait jouer aux gants blancs, qui avait un nom à charnière, je crois que j’ai été le dernier à lui parler. Il est venu se placer près de moi, au milieu de la section. Il m’a dit : « Davy, je sortirai le premier, vous sortirez derrière moi. » Ce qu’il a fait d’ailleurs. Il avait l’heure. Il sort, je suis derrière lui. Je vois des obus qui éclatent, mais pas sur nous. Mais alors, de la boue, de la boue, des trous d’obus, des trous d’obus qui se touchaient, s’ils ne se chevauchaient pas. C’était une mare de boue. Nous étions des tas de boue. Et il pleuvait.

 Enfin, nous sommes arrivés jusqu’à Pressoir, c’était une attaque plus importante que l’autre. Nous avions à peu près 1800 mètres d’avance. Dans la guerre de tranchées, c’était énorme, surtout que c’était la fin de la bataille de la Somme. Moi, je faisais comme tout le monde, j’avançais. Nous sommes arrivés à Pressoir qui était tout démoli. Il y avait quand même des cabanes, des abris allemands qui étaient creusés sous des maisons démolies et qui protégeaient. Il y avait en particulier un officier allemand qui tenait tête à la section, qui sortait la tête de temps en temps de son trou et qui tirait au pistolet sur les types. Un caporal et un sergent ont rampé pour lancer une grenade dans le trou : il les a tués tous les deux. Il a été enfin mis hors de combat par la section voisine, pas par la mienne. On s’est dispersé dans le village. Là, j’ai tué un Allemand, j’ai tué un Allemand. Si je dis que je l’ai tué, c’est presque à bout portant…. Nous sommes restés là jusqu’à la nuit. Nous avons trouvé plus loin un abri allemand avec un homme qui expirait sur les marches de l’escalier, et puis un autre qui était tout nu dans un abri.

Nous avons passé la route qui joignait ce village au village voisin. Il y avait deux types qui l’avaient fait juste avant nous. Il y avait une tranchée allemande plus loin, que l’on n’apercevait pas très loin. Les deux types ont été bousillés, on ne les a pas revus. Nous avons pris cette tranchée-là et avons réussi. Nous avons alors été bombardés par l’arrière, nous avons cru que c’était l’artillerie française. On lançait des fusées vertes ce qui voulait dire : « Allongez le tir ! » Plus on lançait de fusées, plus le tir était régulier. C’était des Allemands qui étaient derrière nous, dans Chaulnes, et qui nous tiraient dessus. Le lendemain, nous avons eu un type de tué dans ma section, il a eu le crâne en bouillie par l’artillerie allemande. Il rendait la cervelle. On l’a enterré dans ce que je crois bien avoir été les chiottes allemandes. Nous avons été relevés dans la nuit, vers minuit, dans une nuit noire... »

 

En 1981, Monsieur Blot de Plémet, classe 1913, s’était livré à propos de l’arrière du front.

Monsieur Blot effectuait son service militaire au moment de la déclaration de guerre. Il était et resta au 13ème régiment de Hussards de Dinan pendant toute la guerre. Il en parlait en ces termes : « Cela a été la vie des tranchées, tout le temps, tout le temps...Quand il faisait du mauvais temps qu'il y avait de l'eau dans la tranchée, on avait les pieds dans l'eau quand même...Ceux qui n'étaient pas de faction..., on avait creusé des trous dans les côtés de la tranchée comme ça et ils se fourraient là-dedans comme un chien...Les rats trouvaient de quoi vivre, il y avait tellement de gâchis...El les poux donc ! J'ai gardé ma première chemise trois mois de temps sans pouvoir la changer puisqu'on ne pouvait pas laver...La première chemise que j'ai changée je l'ai prise dans une armoire, le linge était « égaillé » partout dans la maison....J'ai trouvé une chemise de femme, bien propre avec des petites manches avec de la dentelle. Je l'ai portée un mois. Les copains rigolaient... »

 

En 1984, Madame Corbel de La Chapelle à Saint-Jacut-du-Méné, parlait de la vie de ces hommes appelés au combat.  Le père, fermier, père de cinq enfants, partait au front en août 1914, comme tant d’autres de la commune. 

« Tous n'étaient pas contents quand même. Les jeunes peut-être mais tous n'étaient pas contents de partir. Il y a bien eu du chagrin chez ceux qui devaient laisser la famille et les enfants et tout le travail qu'il y avait à faire..... Ah, non, alors, il y en a eu des pleurs là-dedans. Il y avait des jeunes qui travaillaient à la ligne, qui faisaient une ligne de chemin de fer de Saint-Brieuc à Dinan. Je les vois à l'arrivée jeter les pioches et les pelles en l'air et partir, "sans ordre et sans appel". Mon père est parti le lendemain en laissant cinq enfants en bas âge.... »