« Fake news » : un projet peu rassurant

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On en sait un peu plus aujourd’hui sur le contenu de la proposition de loi sur les « fake news » et ce n’est pas forcément rassurant.

La forme est déjà problématique : il s’agit d’une proposition de loi (émanant donc de parlementaires) élaborée en liaison directe avec l’exécutif. Ainsi, c’est Françoise Nyssen, ministre de la Culture, qui a présenté les grandes lignes du texte. On ne saurait mieux montrer le peu d’estime dans lequel le gouvernement tient les parlementaires de sa majorité.

Complexe

Un autre point, non moins troublant est la définition même d’une « fake new ». S’agit-il simplement d’une information mensongère ? Les choses sont plus complexes. Du reste, la loi de 1881 sur la liberté de la presse permet déjà de sanctionner la diffusion de fausses nouvelles, mais, entre le mensonge pur et simple et la vérité brute, les possibilités sont quasi infinies. Cela va d’une phrase citée hors de son contexte au cadrage et au montage fallacieux d’une vidéo diffusée sur internet. Avec un caméscope et un logiciel de montage basique, il est facile par exemple de montrer une cité sinistrée en sélectionnant quelques images de murs lépreux et d’immeubles décrépits. L’image fera le tour des réseaux sociaux, avant même que l’on puisse la contredire sérieusement. De même, chacun se souvient de l’affaire du pseudo charnier de Timisoara en Roumanie, filmé en 1989. Enfin, la manipulation d’images a permis, avec une apparente vraisemblance, de « prouver » que l’homme n’avait jamais marché sur la Lune.

Appliquer la loi

Un autre point hautement problématique est le recours, en période électorale, à un « référé » permettant à un juge de suspendre la diffusion d’une supposée « fake new » dans les 48 heures en supprimant un compte individuel et en faisant retirer le contenu incriminé. On oublie simplement que les magistrats ont pour fonction première d’appliquer la loi et non de chercher la vérité. Un juge peut condamner l’usage d’un document évidemment falsifié, mais lui demander, en deux jours, de se transformer en journaliste et de démêler le vrai du faux dépasse ses fonctions. Une telle nouveauté se heurterait en outre à des règles déontologiques telles que la préservation du secret des sources.

Dans son état actuel, le projet de texte contre les « fake news » pose décidément plus de problèmes qu’il ne pourra en résoudre.

Serge Plenier